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Tunisie: Dans les cliniques privées le syndicalisme est banni

« Alterner les nuits de garde, passer sa journée à courir dans tous les sens entre les chambres des patients, être scrutée en permanence par le chef de service, pire par ses collègues qui ne loupent pas la moindre de tes erreurs, avoir peur de tomber malade car je n’ai pas encore le droit à un congé, c’est mon lot quotidien », lance Amani Mechaal, aide soignante, 24 ans, exerçant dans une clinique privée.

Le privé est un passage obligatoire. Il faut attendre plusieurs années pour être recruté dans un hôpital publique. Encore plus aujourd’hui, alors que les hôpitaux regorgent de patients, le ministère de la Santé ne recrute plus comme avant. a t-elle déploré

En attendant, Amani n’a pas eu énormément de choix : le chômage ou le travail dans une clinique: »Quitte à être sous payée, c’est mieux que rien ! ».

Aujourd’hui, elle a laissé tombé son travail à la clinique pour une infirmerie.

C’est tout près de chez moi. Mon salaire 180 dinars par mois. En contrepartie de ce bas salaire, je me sens beaucoup plus en paix.

Les conditions de travail varient d’une clinique à une autre. Néanmoins, ce qui est certain, c’est qu’on ne sent pas en sécurité. A tout moment, on peut être mis à la porte pour tout ou rien et les mises à pied disciplinaires sont monnaie courante et presque systématiques, grogne-t-elle.

Même embarras chez Maher Tlili, infirmier marié et père de deux enfants. Il cumule deux emplois, dans un hôpital et dans une clinique, « afin de joindre les deux bouts avec le loyer, les factures, la scolarité de mes filles, etc… »

Cumuler deux emplois est loin d’être plaisant: à la fatigue s’ajoute l’injustice et les abus. En clinique, travailler le weekend ou pendant les fêtes n’est pas compensé ni par des jours de repos ni par l’argent. Contrairement aux hôpitaux, les primes de contamination, de garde, de transport ne sont pas prises en compte!

Les congés sont cher payés par Maher car ils impliquent la suppression de 25 dinars pour chaque nuit de garde qui n’a pas été assurée, soit 100 dinars en moyenne par semaine. « Pourtant il ont énormément de moyens », assure-t-il.



Tu acceptes ou tu t’en vas, c’est aussi simple. On est sommés de faire profil bas, de ne rien revendiquer. Tu n’as pas le droit de dire non. Le syndicalisme est banni, explique-t-il.

Alterner les nuits de garde et avoir peur de commettre une faute qui pourrait mettre en péril la santé d’un patient sont inhérents au métier du personnel médical à la fois dans le public et le privé. Cependant, la solidarité serait absente dans le privé et la pression serait exagérée puisque l’enjeu financier est important.

Du coup, l’état de stress est permanent. Tous les gens travaillant dans une clinique se sauvent dés qu’ils trouvent un poste à l’hôpital. Personne ne reste de son plein gré (…) En même temps, qui veut pour le même travail être payé la moitié de ce qu’il gagne dans le public? Personne!.

Maher Tlili est payé environ 800 dinars par mois pour son travail à l’hôpital, soit le double de sa paie dans la clinique.

Article paru dans huffpostmaghreb

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